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Tony Moise: Lettre d'un ami de Guadeloupe à Jean Robert Noel

par Classique Webmaster on 22 Octobre, 2013 16:14:59

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Bonjour,

Il n'y a pas de hasard dans la vie !

Hier, je pensais très fort à Tony Moise et à ses musiciens, qui ont bercé mon adolescence (j'ai 53 ans aujourd'hui). J'ai voulu faire des recherches sur lui et sur les Shleu Shleu, que je n'ai pas écoutés depuis de très longues années. A ma grande stupeur, j'apprends son récent décès, intervenu il y a un peu plus d'un mois.

Dans les années 70, les orchestres haïtiens étaient très en vogue en Guadeloupe. Les Shleu Shleu étaient mon orchestre préféré. J'adorais cet orchestre. En 1974, je suis revenu d'un séjour d'un mois en Haïti où mes parents m'avaient envoyé en colonie de vacances. J'avais 14 ans. Avec mon argent de poche, je m'étais acheté l'album "En filant les aiguilles" ainsi que "Respect" de Tabou Combo. De retour en Guadeloupe, j'ai fait le malheur de prêter "Respect" à un camarade. Il me l'a rendu au bout de plusieurs mois, à force d'insistance. Le disque était dans un très mauvais état. Rayé sur plusieurs titres, la pochette était tachée. J'ai du me résoudre à le jeter car il était devenu inutilisable.

Heureusement que je ne lui avais pas prêté l'album des Shleu Shleu. En Filant les aiguilles; bon gratteur; dansé Shleu Shleu etc…Je ne pourrai pas vous dire combien de centaines, peut-être même milliers de fois que j'ai écouté ce vinyle, ainsi que les autres dont j'avais fait l'acquisition après: Trou Crabe et l'Evangile, sorti un ou deux ans avant. OSS (La vie chanteur, 40 en haut 40 en bas etc…). Ces trois-là étaient mes préférés.

Tony Moise m'a donné envie de jouer du saxophone. A mon retour d'Haïti, je n'ai eu de cesse de harceler mes parents, jusqu'à ce que mon père, un jour, me ramène un saxophone alto, de retour d'un déplacement professionnel à Paris. C'était en 1976. L'année de la Soufrière en Guadeloupe. Quelques mois après, je suis parti en France où j'ai poursuivi ma scolarité. Avec mon saxophone, et mes vinyles dont bien sur, les Shleu Shleu. J'y ai découvert d'autres styles musicaux. J'ai appris à connaître et à aimer le jazz. Le saxophone y est particulièrement mis en valeur. Charlie Parker, John Coltrane et Sonny Rollins sont devenus mes idoles.

Ce changement de cap n'a pas pour autant signifié un abandon définitif. Mes vinyles des orchestres haïtiens étaient toujours avec moi. Le Shleu Shleu de Tony Moise et de Loubert Chancy, qui plus tard devinrent les Skah Shah; les Loups Noirs de Réginald Roc et des Frères Lalanne; Les Frères Déjean, pour ceux qui avaient des saxophonistes (et trompettiste s'agissant des Frères Déjean). J'avais aussi les orchestres de guitares, essentiellement de PétionVille : Les Gypsies, les Difficiles, et bien entendu, l'incontournable Tabou Combo, qui à l'époque, n'avait pas encore de section de cuivres. J'aimais bien de temps en temps me replonger dans ces musiques qui m'avaient donné envie de sauter le pas en apprenant à jouer d'un instrument, en l'occurrence le saxophone. J'étais aussi très branché sur les orchestres de la Guadeloupe, mon île: les Aiglons et le Typical Combo de Basse-Terre; le Super Combo, les Maxels d'Edouard Benoit, saxophoniste remarquable, les Vikings etc…

Tony Moise est celui qui m'a donné envie d'apprendre à jouer du saxophone. Edourd Benoit des Maxels, est ensuite celui qui m'a fait comprendre l'apport du jazz dans le langage musical des musiques antillaises (j'aurai pu aussi citer Emilien Antile et Robert Mavounzy). John Coltrane, est celui qui m'a fait aimer passionément le jazz et le saxophone ténor.

Les Shleu Shleu de Tony Moise étaient mon orchestre de référence: le maestro au sax alto, Edward Richard le surdoué de la guitare solo qui pour moi, était l'égal d'un Carlos Santana; Milot Toussaint, rythmicien avec un swing du tonnerre. Je ne connaissais pas l'expression que vous avez utilsée dans votre commentaire à son endroit "bouyon tandé on gita ka p bouyi an ba an ba". J'adorais les dialogues entre le sax de Tony Moise et la lead guitare d'Edward Richard. J'adorais tout autant la complémentarité entre les Deux guitares, d'Edward Richard et de Milot Toussaint.  La rythmique de Milot Toussaint était tout en arpège (j'entends encore son jeu dans le refrain de 40 en haut 40 en bas, j'en ai la chaire de poule en écrivant ces lignes).

Ces messieurs étaient des grands ! Je continue l'énumération: Léon Millien bassiste implacable et impeccable; Smith Jean-Baptiste, le métronome du groupe avec sa batterie Ludwig transparente. Ce gars-là cassait vraiment la baraque; son frère Franck aux percussions (cow bell) et l'impertubable Clovis Saint-Louis aux congas. Pour finir, les Deux voies Hans Chérubin "Gros Bébé" et Jean-Claude Pierre-Charles "Peddy", les 2 crooners du groupe, avec 2 styles très différents, et donc complémentaires.

Je peux vous assurer que j'ai aimé ce groupe et ses musiciens, tous sans exception. Je garde encore une immense admiration pour chacun d'eux et plus particulièrement pour le maestro Tony Moise, qui nous a quitté.

Merci, un très grand merci pour votre hommage posthume, remaquable oraison funèbre à ce grand monsieur qu'était Tony Moise. Votre article est d'une richesse sans égale. Extrêmement bien documenté sur Tony Moise, les Shleu Shleu et les musiciens qui ont eu la chance de jouer dans ce groupe. Plus encore, l'émotion palpable dans chacun de vos mots, reflète la proximité que vous aviez avec Tony Moise. Vous avez eu la chance de bien connaître cet homme que j'aurais moi même tant aimé avoir connu, ne serait-ce que pour lui dire merci de m'avoir permis de jouer du saxophone.

Permettez-moi de conclure sur l'une de vos phrases, du début de votre chronique " la vie et la mort sont indissociables. Cette dualité nous permet de comprendre le fondement de l'existence". Tony Moise est parti, mais il est encore là.  Comme tous les grands, son oeuvre est immortelle.

Honneur et respect à ce grand homme, ainsi qu'à vous qui avez su si bien résumer sa vie musicale dans votre article. Je vous en sais gré.

Bien à vous,

Patrick ZAMORE
BASSE-TERRE
GUADELOUPE

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